2017 02 11 Journée des Malades homélie du P. Xavier Malle

Ajoutée le 13 févr. 2017 25ème journée mondiale des malades. Homélie du Père Xavier Malle, curé de l'Ile-Bouchard

Homélie 25èmeJournée des malades – 11 février 2017

11h15 Saint Gilles

Le 11 février est donc la date anniversaire de la 1ère apparition de la Vierge Marie à Bernadette Soubirous, 11 février 1858, apparitions qui dureront jusqu’au 16 juillet 1858. Il y a 25 ans, le pape saint Jean-Paul II choisissait cette date pour une journée Mondiale du malade, pas seulement parce que Lourdes, par le nombre des miracles, est devenue la capitale mondiale des malades, mais aussi par l’exemple de Bernadette, j’y reviendrai. D’abord, qu’est-ce que la Parole de Dieu que nous venons d’entendre – celle du samedi de la 5ème semaine du TO – nous dit ce matin ?

A part la pomme croquée par Eve, nous connaissons finalement peu le récit de la chute d’Adam et Eve. Précisons que le livre de la Genèse n’est pas un reportage scientifique, mais un livre de style poétique, qui nous dit quel est la vision de Dieu, quel est le plan d’amour de Dieu. Quelle est donc cette faute : « aurais-tu mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger ? » En réalité, on ne sait pas de quel arbre il s’agit, donc vous pouvez manger des pommes sans crainte ! Dieu avait seulement précisé que c’est l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Expliquons : Connaître en hébreux, ce n’est pas seulement une connaissance intellectuelle, savoir ce qu’est le bien et le mal ; c’est une connaissance expérientielle ; à tel point que la bible dit l’homme connaît sa femme pour dire poétiquement qu’il s’est uni conjugalement avec elle. Connaître, c’est naître avec, il y a une intimité. Connaître le bien et le mal, c’est finalement vouloir décider ce qui est bien et mal. Or cela appartient à Dieu. Certes, il nous appartient de discerner le bien et le mal, c’est-à-dire d’appeler bien ce qui est bien et mal ce qui est mal. Mais pas de le décider. Or on peut très facilement appeler bien ce qui est mal. 110 sur la départementale, c’est pas grave, il n’y avait pas de gendarmes. Et pour cela notre monde actuel a une méthode infaillible : le politiquement correcte. Un seul exemple, on ne parle plus d’avortement, mais d’interruption volontaire de grossesse. Interruption, mais la grossesse peut-elle reprendre ensuite ? Volontaire, mais alors pourquoiy a-t-il tant de pressions pour avorter ?

Sélectionner les embryons en fonction des risques de maladie, avorter les enfants trisomiques à la naissance, euthanasier les anciens malades, tout cela est devenu de la compassion.

Mgr Michel Aupetit, évêque de Nanterre, qui fut médecin généraliste, s’interroge en titre de son dernier livre :  Construisons nous une société humaine ou inhumaine ? La question posée par la morale, dit-il, est : que faut-il faire pour bien faire ? Or aujourd’hui, remarque Mgr Aupetit, règne la « morale procédurale » : il ne convient plus de chercher le bien et le mal par la raison, mais de rechercher un consensus. C’est l’introduction de la démocratie en morale. C’est la procédure qui doit être juste et non l’absolu du bien. Cela conduit au relativisme, puis qu’un bien décidé par une majorité détermine la loi à un moment donné et peut donc être remise en cause 10 ans après si le consensus change. L’homme moderne est bien le digne successeur d’Adam et Eve ; il se prend pour Dieu et veut décider ce qui est bien et mal. Chrétiens, nous réaffirmons qu’il y a un bien objectif et une loi morale naturelle.

Qu’accueillir le plus fragile, le plus vulnérable est toujours un bien. Et même si cela nous coûte dans tous les sens du terme, économiquement et humainement, cela donne la joie, alors que le refus de la vie donne la tristesse. Ce sera le témoignage que nous donneront cette après-midi Sophie et Damien Lutz « Etre parents d’un enfant vulnérable ». Nous avons la joie de les accueillir avec leurs 3 enfants.

L’évangile de la multiplication des pains nous dit quelque chose de cet accueil inconditionnel.

« J’ai de la compassion pour cette foule. »« Cum patire » en latin, souffrir avec. Rappelez-vous le scandale qu’a été pour notre monde occidental la maladie en mondovision de saint Jean-Paul II. Les oiseaux devraient se cacher pour mourir. Jean-Paul II, prophétiquement s’est montré dans sa maladie et on a presque assisté à sa mort en direct. Cela a scandalisé car « souffrir avec », cum patire,avoir de la compassion, est bien sur difficile. Vous le sentez bien frères et sœurs malades, c’est pourquoi nous sommes si souvent si maladroits avec vous. Nous ne voulons pas souffrir.

« Combien de pains avez-vous ? »Jésus nous invite au contraire à souffrir avec vous, et à vous donner le peu que l’on a, nos 7 pains et quelques petits poissons. Ce peu, c’est de vous dire que vous êtes des membres éminents de la Communauté Chrétienne. C’est par exemple ce que l’on essaie de vivre sur la paroisse ND en Bouchardais par la neuvaine qui s’est terminée hier pour les malades de la paroisse. Eminent, et plus encore, vous êtes des membres actifs, vous êtes des « disciples missionnaires ». Le Pape François va jusque-là dans son message pour la 25ème journée du malade.

D’abord, le pape utilise un mot plus compréhensible aujourd’hui que compassion : la proximité :

* « Me plaçant dès à présent spirituellement près de la Grotte de Massabielle, devant l’effigie de la Vierge Immaculée, en qui le Tout-Puissant a fait de grandes choses pour la rédemption de l’humanité, je désire exprimer ma proximité à vous tous, frères et sœurs qui vivez l’expérience de la souffrance, et à vos familles ;

* comme aussi mon appréciation à tous ceux qui, dans leurs différents rôles et dans toutes les structures sanitaires répandues dans le monde, agissent avec compétence, responsabilité et dévouement pour votre soulagement, votre traitement et votre bien-être quotidien. »

Puis il invite à contempler Marie qu’il appelle la « garante de la tendresse de Dieu&le modèle de l’abandon à sa volonté » : « Je désire vous encourager tous, malades, personnes qui souffrent, médecins, infirmières, proches, volontaires, à contempler en Marie, Salut des malades, la garante de la tendresse de Dieu pour chaque être humain et le modèle de l’abandon à sa volonté ;

Il ajoute : je vous invite à « trouver toujours dans la foi, nourrie par la Parole et par les Sacrements, la force d’aimer Dieu et les frères aussi dans l’expérience de la maladie. » Le Pape explique : « Bernadette, après être allée à la Grotte, grâce à la prière transforme sa fragilité en soutien pour les autres. Grâce à l’amour elle devient capable d’enrichir son prochain, et surtout, elle offre sa vie pour le salut de l’humanité. Le fait que la Belle Dame lui demande de prier pour les pécheurs nous rappelle que les infirmes, les personnes qui souffrent, ne portent pas seulement en eux le désir de guérir mais aussi celui de vivre chrétiennement leur vie, en arrivant à la donner comme d’authentiques disciples missionnaires du Christ. Marie donne à Bernadette la vocation de servir les malades et l’appelle à être Sœur de la Charité, une mission qu’elle exprime dans une mesure si haute qu’elle devient un modèle auquel chaque agent de santé peut se référer. Demandons donc à l’Immaculée Conception la grâce de savoir nous mettre toujours en relation avec le malade comme avec une personne qui, certainement, a besoin d’aide, parfois aussi pour les choses les plus élémentaires, mais qui porte en elle un don personnel à partager avec les autres. » Frères et sœurs malades ici présents, vous êtes d’authentiques disciples missionnaires. Il faut avoir l’audace du Pape François pour dire cela ! Et en amoureux de la Ste Vierge qu’il est, il termine en s’adressant à elle : « O Marie, notre Mère, qui, dans le Christ, accueille chacun de nous comme un enfant, soutiens l’attente confiante de notre cœur, secours-nous dans nos infirmités et nos souffrances, guide-nous vers le Christ ton fils et notre frère, et aide-nous à nous confier au Père qui accomplit de grandes choses. » Amen !