2017 09 24 Ouvriers de la 11ème heure P. Ludovic Frère

Dimanche 24 septembre 2017 : Journée oh le beau ange ! Journée autour de l'ange Gabriel. Homélie du Père Ludovic Frère, recteur du sanctuaire de Notre-Dame du Laus

Messe du dimanche 24 septembre 2017 –  Sanctuaire de l’Ile-Bouchard

Journée de prière avec l’Archange Gabriel – « O le beau ange »

Homélie du père Ludovic Frère, recteur du sanctuaire

 Le Royaume de la gratuité

 « Le Royaume des Cieux est comparable au maître d’un domaine ».Par une telle introduction, on ne risque pas de s’égarer dans la compréhension de cette parabole : elle n’est pas destinée à orienter les ordonnances pour modifier le code du travail ! Le Christ n’a pas ici le souci du management d’entreprise, mais il vient nous ouvrir aux réalités éternelles.

Les anges que nous honorons particulièrement aujourd’hui en ce lieu béni peuvent alors nous aider à accueillir par En-Haut cette parabole assez déconcertante.

Ô « Beau ange » de l’Ile Bouchard, saint Gabriel,
vous qui contemplez, dans l’éternité, la beauté du Ciel,
ouvrez nos cœurs et nos intelligences aux réalités que l’œil ne peut voir.

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Oui, les anges sont de précieux soutiens pour nous faire saisir ce qu’est le Royaume des Cieux, parce qu’ils sont eux-mêmes les « ouvriers de la première heure » à la vigne de ce Royaume : ils servent le Seigneur depuis leur « oui » originel, et ils y trouvent leur unique salaire…. et quel salaire : la joie éternelle qu’ils ne cessent de chanter !

Voilà qui est précieux pour nous ; car le cœur de cette parabole concerne justement la question d’un salaire. Aux premiers ouvriers, il était convenu que le maître donnerait une pièce d’argent pour la journée. Une pièce d’argent ou un denier : c’était alors la somme nécessaire pour faire vivre une famille de 4 personnes pendant un jour entier.

Et l’on perçoit déjà, dans ce salaire d’une journée, un écho à ce que nous prions dans le Notre-Père : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ». Par une double référence au jour présent, nous demandons au Seigneur ce dont nous avons besoin pour aujourd’hui. Et non pour demain ; « Demain se souciera de lui-même », dit encore Jésus (Mt 6,34). Nous demandons pour ce jour-ci seulement.

Voilà bien un premier enseignement que les anges peuvent nous offrir à la lumière de cet évangile : eux qui vivent la totalité de leur action et de leur être dans le présent, nous aident à ne pas nous inquiéter pour demain. Notre vie de chrétiens consiste alors à habiter le présent avec toujours plus d’attention, d’intensité… un « regard céleste » sur le présent, qui évite de le réduire au seul « instant » et qui nous prépare à habiter l’éternel présent qu’est le Paradis.

Soyons donc de ces ouvriers, qui prennent leur part dans le travail du présent, sans fuir dans la nostalgie du passé ni dans les inquiétudes sur l’avenir. Ainsi, nous pouvons être quotidiennement de fidèles ouvriers à la vigne du Seigneur !

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Viennent ensuite les ouvriers qui commencent leur travail à 9h. Le maître leur dit: « allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste ». Comme contrat de travail, reconnaissez que c’est un peu flou ! Imaginez qu’on vous embauche et que l’employeur vous dise : « Oh, pas besoin de signer de contrat; comme salaire, vous aurez ce qui est juste ! »… Légitimement, vous demanderez des précisions !

Mais ici, en n’oubliant pas que cette parabole vise à nous ouvrir aux réalités du Royaume des Cieux, le salaire promis, c’est « ce qui est juste ». On peut dire que ces ouvriers recevront un bon salaire, parce qu’ils auront fait confiance à ce maître, qui promet d’être juste envers eux.

Or, il faut sans doute reconnaître que cette confiance manque souvent à notre foi. Nous voulons constater, nous attendons des gages, des confirmations, voire des retours sur investissements dans notre manière de prier ou de servir.

La parabole des ouvriers est un alors un vibrant appel à faire confiance : le Seigneur s’occupe de tout ! Nous pouvons sans crainte Le suivre et nous retrousser les manches pour Le servir, car nous savons qu’il accomplit toujours ce qui est juste. Nous n’avons pas besoin de preuve ou de contrat : il nous suffit de Lui faire confiance, et Lui mènera tout à bien, tellement mieux que lorsque nous menons nos affaires par nous-mêmes !

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Et nous arrivons là au dernier groupe des ouvriers. Alors que les premiers pouvaient mettre en avant leur travail courageux (ce qu’ils ne manqueront d’ailleurs pas de faire), et que les autres pouvaient se reposer sur leur confiance dans le maître, les derniers n’ont pas grand chose à pouvoir revendiquer. Ils n’ont travaillé qu’une heure ; s’ils avaient été rémunérés à la mesure de leur travail, ils n’auraient pas pu faire vivre leur famille pour la journée. Ces derniers ouvriers sont donc des purs « graciés ».

 

Nous découvrons alors que cette parabole vise, en fait, à nous faire entrer dans le mystère de la grâce de Dieu : le Royaume des Cieux, c’est ce monde où tout est grâce ; un monde où l’on ne présente pas son propre ouvrage dans l’espoir de recevoir en proportion de nos efforts.

 

Le monde de la grâce a pour seule richesse l’amour partagé. En nous offrant de participer à la circulation d’amour qui unit le Père, le Fils et l’Esprit-Saint de toute éternité, le Royaume des Cieux est uniquement partage d’amour au présent éternel. C’est ce qu’ont manqué de comprendre les premiers ouvriers : bien que n’ayant été lésés en rien, ils n’ont pas su partager la joie des derniers « graciés », qui ont reçu autant qu’eux.

Si nous voulons tout garder pour nous, si nous nous comparons et nous jalousons les uns les autres, nous sommes à nos affaires à nous, et non à celles de la grâce. Les anges sont alors présents dans nos vies pour nous montrer que le Ciel, c’est uniquement le Royaume de la grâce, et donc de la joie partagée, cette joie qu’ils vivent en plénitude auprès de Dieu. Et c’est pourquoi, dit Jésus dans l’évangile selon saint Luc : « il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit » (Luc 15,4).

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Alors, c’est entendu : le Royaume des Cieux s’accueille en se mettant à l’écoute du meilleur, dont est capable chacune des 3 grandes catégories d’ouvriers :

Comme les ouvriers de la première heure, recevez donc de la main du Seigneur ce qu’il vous donne pour la subsistance d’aujourd’hui. Soyez seulement bien là, présents, pour le recevoir en travaillant à la fécondité du Royaume.

Puis, comme les ouvriers de la mi-journée, faites vraiment confiance au Seigneur : il promet de donner ce qui est « juste ». N’attendez pas de contrats en trois exemplaires ou de preuves absolues : faites-Lui vraiment confiance !

Et comme les ouvriers de la dernière heure, vivez votre existence dans le grand mouvement de la grâce. « Ma grâce te suffit », dit le Seigneur à saint Paul (2 Co12,9). Et vous, en êtes-vous vraiment convaincus, que la grâce de Dieu vous suffit ? Et qu’il n’y a pas à y substituer, ni même à chercher de complément, dansla gloire qui vient des hommes ?

Les anges nous aident à vivre de cette grâce, car eux-mêmes en font leur seule énergie de vie ! La grâce de Dieu leur suffit, à ces esprits célestes qui ne font pas d’ombrage à la lumière divine, qui ne cherchent pas les honneurs venant des créatures. Ces esprits bienheureux n’ont pour seul carburant de leur prière et de leur service que la grâce de Dieu… qu’ils nous aident alors à cette conversion vitale, car la grâce nous suffit !

 Ô « Beau ange » de l’Ile Bouchard, saint Gabriel, vous qui avez appelé Marie « la comblée de grâce »,
aidez-nous à vivre de la grâce, et seulement de la grâce. Amen.